On ne mesure jamais la valeur d’une image avant qu’elle ne devienne tout ce qu’il nous reste. C’est pour cela que mon appareil ne me quitte jamais ; il est mon témoin face au temps.


Ce jour-là, nous fêtions Pâques sur Château-Gombert avec un mois de retard, mais la magie  des cloches était là malgré tout. Ma grand-mère s’apprêtait à livrer son combat contre la maladie, tandis que mon grand-père s’égarait déjà dans les brumes d'Alzheimer. J'ai déclenché. Ce n'est pas ma photo la plus nette, ni la mieux cadrée, mais c’est la plus précieuse : c’est la dernière photo que j'ai d'eux ensemble.


C'est dans ce genre d'instant, entre pudeur et douleur, que ma mission de photographe d'émotions a pris tout son sens. Saisir ce qui est vrai, avant que le temps ne reprenne ses droits.

Quelques semaines plus tard, il devait quitter sa maison, et quelques mois après, il nous quittait pour toujours.


Aujourd'hui, cette image est un trésor. Elle me rappelle chaque jour pourquoi je suis devenue photographe de famille:  pour retenir ce que la vie emporte trop vite et transformer vos liens en un héritage impérissable.

Héritage et mémoire